Commerces, services et logements : Besançon et les vases communicants

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2ème conférence des acteurs de la ville et de l’habitat présentée par la ville de Besançon le 27 octobre 2017 à l’auditorium de la Cité des Arts, et conférence-débat au Petit Kursaal organisée la veille par la CCI du Doubs autour du livre d’Olivier Razemon «Comment la France a tué ses villes »… Tous les médecins partageaient le même diagnostic mais n’avaient pas vraiment de remèdes !
«Comment la France a tué ses villes », le livre du journaliste Olivier Razemon © DR
«Comment la France a tué ses villes », le livre du journaliste Olivier Razemon © DR

Journaliste indépendant travaillant notamment pour Le Monde, voyageur et reporter, Olivier Razemon a écrit de nombreux articles sur les transports, l’urbanisme et les modes de vie. Le 26 octobre 2017 au Petit Kursaal, cet observateur du monde d’aujourd’hui, brossait un tableau bien peu réjouissant : « Des vitrines vides et sombres, des façades aveugles, des stores métalliques baissés. Calais, Agen, Landerneau, Avignon, Lunéville… La crise urbaine ronge préfectures et sous-préfectures, les détruit de l’intérieur. »
Le journaliste esquisse une France qui meurt, celle prise dans les tenailles des grandes métropoles qui captent la richesse de demain, une France post-industrielle qui a perdu ses fleurons sur la croix de combats sociaux obsolètes et d’une mondialisation qui fait fi des territoires.
Certains considèrent que Besançon en est l’archétype ! Lip et Rhodiaceta ont été détruits par l’alliance improbable de tenants du collectivisme et des adeptes du capitalisme le plus débridé.

Le cœur de la boucle s’est arrêté de battre

A moins de 10% de vacance commerciale selon la Fédération du commerce spécialisé Procos, Besançon semble en « relative » bonne santé. Pourtant ce chiffre camoufle une réalité bien plus inquiétante pour l’hyper-centre. On compte près d’une trentaine de cellules commerciales vides dans la rue Battant, transformée en parking sauvage. Ouvertures et fermetures se succèdent trop rapidement dans la grande rue et la rue des Granges où les piétons slaloment entre camions de livraisons, bus à soufflets, voitures et rodéos de scooters.
Olivier Razemon pointe du doigt le développement du commerce en périphérie. Alors que l’offre est déjà pléthorique (Valentin et Chateaufarine) la zone des Marnières à l’Est de l’agglomération risque de porter un coup fatal à la boucle historique de Besançon.

Fiscalité et étalement urbain : La double peine pour le centre-ville

La mode des « zones franches » urbaines a vidé de sa substance le centre-ville de Besançon. En incitant les professions libérales (avocats, comptables, sociétés de conseils…) a s’installer au Parc Lafayette et à Planoise, les commerces de la boucle ont perdu une clientèle à fort pouvoir d’achat.

192 000 habitants dans 69 communes : Le Grand Besançon ratisse large

Les retards pris dans l’amélioration du trafic routier, le coût excessif du stationnement, les incitations « timides » à prendre les transports en commun,  ont convaincu de plus en plus de bisontins à quitter les merveilles patrimoniales de la boucle pour résider au grand air des multiples lotissements du Grand Besançon.
Cet exode a pour conséquences, la baisse du nombre d’habitants et en particulier des familles dans l’hyper-centre et l’augmentation de la congestion automobile du fait de l’absence de transports en commun suffisants dans les communes périphériques.

« Quand la bouteille est à moitié vide, il ne sert à rien de la transvaser dans un autre flacon…le liquide est définitivement perdu »
« Un bouleversement hypothétique du marché de l’immobilier urbain » évoque Emmanuelle Dubrana © Y.Q

Suite logique du débat de la veille, la conférence des acteurs de la ville et de l’habitat, programmée dès le lendemain, en a mis une couche de plus sur « ce qu’il ne faut pas faire et que l’on fait depuis 40 ans ».
Devant une centaine de professionnels de l’immobilier, Laurent Escobar, directeur associé du Cabinet Adequation, institut d’observation des marchés immobiliers, a présenté une étude sur l’immobilier neuf dans le Grand Besançon.
Au-delà des statistiques qui ne prennent pas en compte les logements anciens et particulièrement ceux de la boucle aux prestigieuses façades souvent décrépies, on aura remarqué la discussion autour du concept de « logement abordable ».
Emmanuelle Dubrana, Responsable de Coopimmo, bailleur social de la région parisienne, a évoqué un bouleversement hypothétique (pour le moment) du marché de l’immobilier urbain.
Habitat participatif, propriétaires du logement mais locataires du foncier, le bailleur social se transforme en agent immobilier d’un nouveau genre et devient Office Foncier Social (OFS) !

Si les organismes de logements sociaux ne sont pas tous logés à la même enseigne, la nébuleuse qui entoure la gestion des quelques 800 organismes HLM, demande une révolution des mentalités. Certains vivent grassement sur des réserves accumulées pendant des années alors que d’autres n’ont pas le premier euro pour maintenir et améliorer leur parc, augmentant ainsi la vacance locative et les difficultés financières.
Emmanuel Macron souhaite s’attaquer à cette forêt touffue, souhaitons-lui bon courage !

Mission de communication pour la municipalité, ce forum professionnel a enfin permis à Jean Louis Fousseret et à Nicolas Bodin, son adjoint chargé de l’urbanisme et de la prospective territoriale de dresser le portrait d’une ville tournée vers l’écologie avec l’éco-quartier des Vaîtes, la réhabilitation à la caserne Vauban, les services au nouveau quartier Viotte, les sciences du vivant autour de la technopôle Temis Santé et l’innovation et la culture dans le projet Saint Jacques – Arsenal.

Des raisons d’espérer, dans une ville d’avenir plus accueillante, plus propre… Une ville intelligente !

Y.Q

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