Philippe Lebru : «  Je suis un ersatz dans ce monde qu’est l’horlogerie »

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« Je défends l’identité territoriale. Ouvrir ma boutique face au Musée du Temps avait donc du sens » – Philippe Lebru – Crédit Utinam
« Je défends l’identité territoriale. Ouvrir ma boutique face au Musée du Temps avait donc du sens » – Philippe Lebru – Crédit Utinam
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« A l’œuvre, on connaît l’artisan » se plaisait à dire Jean de La Fontaine. Aériennes et design, mêlant complexité technologique, modernité et héritage horloger, les œuvres du concepteur bisontin ont marqué le marché de leur empreinte.

« Utinam »… La signature résonne désormais dans les esprits comtois et d’ailleurs. Elle est devenue cette marque d’horloges qui bouleversent les codes esthétiques de l’objet intemporel trois fois centenaire, notre comtoise, celle qui a rythmé le temps, pendant des générations, dans toutes les fermes de France. Et pourtant, son créateur a un rapport au temps un peu particulier, lui qui cherche quotidiennement à lui donner de l’élasticité, à ne pas figer les choses pour délier son esprit créatif. Itinéraire d’un horloger passionné.

De la chaudronnerie à l’horlogerie

Rien ne prédestinait Philippe Lebru, jeune chaudronnier lyonnais arrivé à Besançon au début des années 90 pour intégrer une école de commerce, à devenir l’un des horlogers les plus en vogue du moment. Et pourtant… En intégrant « France Ebauches » dans le cadre d’un stage, se dessinaient alors les prémices d’un chemin tout tracé. Après deux années passées en tant que responsable de secteur, Philippe Lebru quitte le fabriquant de mouvement et souhaite faire de sa formation de chaudronnier et de ses passions pour le métal et l’horlogerie, une force et il créé « Weal’s concept » en 1993, entreprise spécialisée dans les montres de communication.

Utinam… 100% local

C’est en 2004 qu’Utinam voit le jour. Bien ancrée dans sa ville, capitale horlogère, l’entreprise s’offrait la légitimité d’un nom emblématique. Philippe Lebru créé alors sa première collection d’horloges contemporaines nommées « Hortence », puis les horloges « La-La ». Philippe Lebru invente le mouvement pendulaire à équilibrage automatique, un système couronné « Grand prix du Concours Lépine » à Paris et Médaillé d’or en l’horlogerie au Salon de l’invention de Genève : « A l’époque, le marché était en perte de vitesse et la jeune entreprise que nous étions connaissait des difficultés. Mais ces deux prix sont tombés à pic. Les ventes ont démarré. Le produit collait au marché ».

Philippe Lebru lors de l’installation de l’horloge monumentale au Japon – Crédit photo Utinam
De la montre « météorite » à l’horloge monumentale

Puis dès  2010, les premières horloges monumentales s’installent en extérieur. Place de la Révolution tout d’abord, puis 1 an plus tard dans la nouvelle gare d’Auxon-dessous. En 2015, l’horloge monumentale s’exporte même au Japon et Philippe Lebru créé pour un concept store de Tokyo baptisé  » Pendule », la plus grande horloge suspendue jamais conçue qu’il nomme « AoyAmA » (lire notre numéro précédent d’Urban TV). En créateur passionné, Philippe Lebru n’a de cesse de créer, de repousser les lois de l’apesanteur, tant ses horloges semblent jouer avec l’équilibre. Les roues et les axes s’exposent et participent pleinement à l’esthétique : « Je me suis rendu compte lors du Salon de Bâle que j’étais un ersatz dans ce monde qu’est l’horlogerie. Je cherche à ouvrir une porte, à trouver mon propre chemin ». Avec la dernière-née, l’horloge « Pop-Up », le design s’affirme encore. Le mécanisme, quant à lui,  se perfectionne, entre autre, grâce à un système de balancier inédit. La durée de vie de l’horloge est longue et l’œuvre d’art devient un objet transgénérationnel qui se soigne : huile et pique-huile sont cachés au cœur de la matrice et un kit de bouchons est à changer au bout de 100 ans !

De la France à l’international

Pourtant, Philippe Lebru souhaite étirer le temps. Le temps pour créer et le temps pour s’installer sur le marché : « J’ai enfin trouvé mon réseau de distribution en France. D’ailleurs, nous avons notre boutique à Besançon où les clients pourront bientôt trouver nos dernières montres « Unam ». Je souhaite aussi structurer mon réseau à l’international. Il y a une réelle volonté d’exporter mes horloges vers les marchés asiatiques, notamment au Japon, à Singapour, en Malaisie. J’ai également en tête un projet d’horloge monumentale avec 1 particularité esthétique et une spécificité technique ».

Utinam la boutique
Utinam, la Boutique : un atelier équipé d’anciens établis est séparé de la partie boutique par une verrière – Crédit Utinam
Une boutique contemporaine dans un écrin 1900

Ouverte en 2015, la boutique Utinam est une étape incontournable. Là encore, Philippe Lebru a joué avec le temps… Le temps ancien, en choisissant un écrin datant de 1900, orné de vieux meubles d’époques restaurés et de vieux établis au charme suranné. Le temps nouveau, où les créations contemporaines horlogères s’exposent en nombre. « C’est un vrai concept-store, mi-boutique, mi-atelier. Nous y présentons nos modèles Utinam et d’autres marques. Derrière chaque produit et chaque marque, il y a une personne que je connais personnellement. Ce sont des créateurs ou designers qui osent créer des choses uniques et avec qui je partage les mêmes valeurs« , présente Philippe Lebru. Ainsi sa collection de montres singulières côtoie les créations d’horlogers hors norme, comme Fob, Marchlab, Qlocktwo, Dietrich, Meistersinger, Sevenfriday, Briston, Tamawa, Greco… Sur place, les horlogers assemblent des montres sous le regard des visiteurs.

Inventeur visionnaire et innovant, poète du temps et technicien qui réinvente l’art horloger,  Philippe Lebru n’en a pas fini de nous étonner.

C. Dufay

utinam.fr

Utinam Besançon : La Boutique : 17 Grande Rue – 25000 Besançon - 03 81 61 39 25
Ouverte du mardi au samedi de 10h à 12h30 et de 14h00 à 19h00

Les coups de cœur de Philippe Lebru

« L’opticien « Hédou » rue de Moncey. J’aime cette adresse car on peut y trouver des pièces de créateur ».
Hédou – 7, rue Moncey – Besançon


En Franche-Comté, l’horlogerie est une culture, un véritable savoir-faire et un poids économique. La Franche-Comté réalise 67% du CA de l’horlogerie française, qui s’est élevé en 2009 à 157 MEUR. Avec 89 établissements horlogers employant 2 120 salariés, soit 70% de l’effectif français du secteur, le secteur dispose d’une main d’œuvre qualifiée et d’une formation renommée.

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