Pas un rond pour s’acheter des tampons

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Pour les femmes SDF, les règles sont une des pires épreuves de leur quotidien. DR
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« Quand une femme se trouve dans une situation de précarité extrême, elle préfère s’acheter à manger plutôt que des protections hygiéniques », affirme Laura, porte-parole de l’association Osez le féminisme 25. C’est la raison pour laquelle, une collecte de produits d’hygiène féminine se tiendra demain après-midi sur l’esplanade des droits de l’Homme à Besançon.

Le Mouvement du Nid 25 et Osez le féminisme 25 et 90, des associations bisontines qui se battent pour les droits des femmes, organisent une grande collecte de produits hygiéniques lors de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Le choix de la date n’a rien d’un hasard : « Les femmes qui vivent dans la rue ne peuvent pas s’acheter des produits aussi basiques que des serviettes hygiéniques », explique la porte-parole d’OLF. « Ces femmes sont alors contraintes d’utiliser du papier journal, des tissus qu’elles trouvent ou du papier toilette. »

Ces substituts de fortune provoquent alors des infections et mettent en danger la santé des femmes SDF. « Ce manque d’hygiène atteint la dignité des femmes et les handicape dans leur quotidien. Chaque femme doit pouvoir vivre ses règles dans les meilleures conditions possibles », poursuit la porte-parole.

Une collecte inédite à Besançon

« Les hommes n’ont pas besoin d’acheter ce types de produits, les femmes, elles, ne peuvent, hélas, pas s’en passer. C’est un minimum vital. L’achat de protections intimes, assez coûteuses, précarise encore plus les femmes », rappellent les deux associations à l’origine de cet événement inédit à Besançon.

Gwenaëlle Laurent, référent santé et solidarité au Centre communale d’action sociale (CCAS) de Besançon a conscience du problème : « Les kits d’hygiène sont considérés comme des aides financières ponctuelles. Ils sont donnés aux femmes après l’évaluation d’un travailleur social sollicité par nos services en fonction de la situation précaire de la personne concernée. Malheureusement, ces kits coûtent légèrement plus cher à l’achat que ceux destinés aux hommes car ils contiennent ces protections. Pourtant, les kits hommes comportent le même nombre de produits à la différence qu’il s’agit d’une mousse à raser et pas de protections intimes» . Pour la porte-parole d’OLF, « Les menstruations induisent des inégalités biologique et financière ».

« En leur distribuant tampons et serviettes, on espère aider ces femmes à retrouver une part de dignité », Laura, porte-parole de l’association Osez le féminisme. DR
L’hygiène : dernière des préoccupations

Gwenaëlle Laurent tient également à souligner le manque de produits d’hygiènes dans les centres qui accueillent les femmes en situation de grande précarité : « Les gens donnent beaucoup de produits alimentaires mais ne pensent pas souvent aux produits d’hygiène qui sont indispensables. D’ailleurs, les kits d’hygiène pour femmes sont toujours ceux qui se retrouvent en rupture de stock en premier ».

Lutter contre l’isolement social

« Cette problématique aggrave considérablement la désocialisation des femmes. Comment peuvent-elles espérer trouver un travail et un logement si elles ne peuvent même pas se protéger correctement ? », s’interroge Laura. « En leur distribuant tampons et serviettes, on espère aider ces femmes à retrouver une part de dignité car se présenter aux autres de manière correcte est primordial pour une vie en société », ajoute-t-elle.

« Sang tabou »

Les organisateurs de la collecte espèrent également contribuer à briser le tabou qui persiste sur les menstruations, encore très présent dans les sociétés occidentales. « C’est quelque chose qu’on cache. Pourtant, il s’agit du seul sang non issu de la violence. On espère que les hommes se sentiront également concernés par cette problématique et qu’ils participeront à la collecte », indique Laura, porte-parole d’Osez le féminisme 25.

Une journée mondiale de l’hygiène menstruelle

Chaque année, le 28 mai, une journée est dédiée à la sensibilisation de l’hygiène menstruelle. Initiée par une ONG allemande, cette opération vise à briser les tabous et à informer sur l’importance d’une bonne hygiène menstruelle pour les femmes à travers le monde. En effet, le manque d’installations sanitaires a des effets néfastes sur la santé des femmes. Par exemple, dans certains pays comme le Népal, les jeunes filles s’absentent plusieurs jours de l’école car elles n’ont pas les moyens de se protéger correctement. En Bolivie, les préjugés sont tellement répandus, que les jeunes filles pensent transmettre des cancers simplement en jetant leurs protections usagées à la poubelle. Enfin l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Achidie rappelle : « Les règles sont normales et naturelles et si elles n’existaient pas, l’espèce humaine n’existerait pas non plus ».

Louise De Châteaublanc

Samedi 25 novembre, stand Osez le féminisme,
esplanade des droits de l'Homme à Besançon, à partir de 13h30.

 

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